• DU RÉEL AU MERVEILLEUX

    marco polo
     

    Voilà seulement deux siècles que le dragon est considéré comme un animal fabuleux : de l'antiquité jusqu'au XVIIIè siècle, son existence n'a fait aucun doute, ni aux yeux du peuple, ni à ceux des savants les plus sérieux.

    Pendant la plus grande partie de leur histoire, les dragons furent considérés comme des animaux bien réels. Ainsi la plupart des auteurs de l'Antiquité gréco-romaine pensaient qu'il était possible de rencontrer de véritables dragons dans la nature. Une telle croyance était renforcé par les récits de voyageurs ayant croisé des créatures apparemment fabuleuses dans de lointaines contrées : girafes, crocodiles, rhinocéros...

    L'Histoire des animaux d'Aristote et l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, deux ouvrages du Moyen Âge, mentionnent les dragons à plusieurs reprises et analysent en détail leur alimentation, leur mode de vie et leur comportement. Ainsi, selon Pline, la taille formidable des dragons indiens leur permettaient de venir à bout des éléphants : "Ils peuvent aisément s'entortiller autour des éléphants et faire encore un noeud de leur queue." Selon d'autres auteurs de l'époque, le pire ennemi du dragon serait l'aigle, car il se nourrit de serpents.

    Au Moyen Âge, la vision du monde transmise par les savants et les lettrés ne résulte pas de l'observation de la nature : la plupart des connaissances sont directement héritées de l'Antiquité, et nul ne songe à les remettre en cause. De plus, l'existence de certains animaux fabuleux, dont les dragons, est attestée par la Bible : au même titre que l'homme et les animaux, le dragon est l'oeuvre de Dieu et contester sa réalité serait un blasphème. Nul ne s'étonne à cette époque de ne pas croiser couramment de dragons dans les campagnes. L'homme médiéval considère en effet que les créatures extraordinnaires citées dans la Bible se tiennent en périphérie de son environnement quotidien : de nombreux récits de voyages semi-fabuleux attestent que la civilisation décroit au fur et à mesure que l'on s'éloigne du "centre du monde" (l'Europe), et que des hordes de monstres peuplent ces zones reculées. Dans les régions méridionales en particulier, la chaleur du climat serait responsable de l'apparition de forme de vie contre nature. Les monstres sont également considérés comme la conséquence du péché originel.    

    Carte de Paolo Toscanelli 1457
     
    Carte de Paolo Toscanelli représentant le monde en 1457 tel qu'on se l'imaginait alors en Europe

     

    Parallèlement, la croyance en l'existence des dragons est toujours soutenue par les témoignages de voyageurs. Ainsi, à la fin du XIIIè siècle, de retour de ses expéditions en Asie, Marco Polo affirme avoir aperçu des dragons dont "la gueule est si vaste qu'ils peuvent engloutir un homme d'un seuk coup" (Le livre des merveilles)

    Au XVIè siècle, le célèbre chirurgien Ambroise Paré, qui s'intéresse aussi beaucoup à la zoologie, soutient que les dragons sont "les plus grosses bêtes du monde" et que certains sont de véritables tueurs d'éléphants. A la même époque, le médecin et botaniste italien Prosper Alpin décrit dans son histoire naturelle de l'Egypte des dragons aux dimensions gigantesques, pourvues de têtes humaines.

    En 1964, la première édition du dictionnaire de l'Académie définit sobrement le dragon comme une "espèce de serpent qui a des ailes". Quatre ans plus tôt, dans son fameux dictionnaire, l'académicien dissident Antoine Furetière l'a décrit comme "un serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur", sans mettre en doute sa réalité. En 1732, le naturaliste suisse Johann Jakob Scheuchzer affirme encore, le plus sérieusement du monde : "On n epeux s'empêcher de convenir qu'il y ait dans la Suisse de véritables dragons. J'en ai rapporté trop d'exemples et trop de preuves pour qu'on puisse en douter.

     

    Les dragons d'Ulisse Aldrovandi

    Un recueil du fameux savant italien Ulisse Aldrovandi (1522-1605), professeur d'histoire naturelle à l'université de Bologne, fut publié à titre posthume en 1640 sous le titre "Histoire des serpents et des dragons". Dans ce superbe bestiaire fantaisiste et richement illustré, les animaux bien reels côtoient les dragons les plus extravagants, et tous sont traités sur un pied d'égalité. Aldrovandi croyait en effet que les contrées lointaine recelaient une grande variété de dragons, dont il entreprit, dans son ouvrage, de dresser la liste et le,portarit à partir de témoignages et de sources anciennes. Tout au long de son existence, il acquit de nombreux objets dragonnesques qu’il garda dans son cabinet de curiosités, et fit peindre 8000 tableaux représentant toutes sortes d’animaux, y compris les dragons. On s’accorde aujourd’hui à penser qu’Ulysse Aldrovandi est l’inventeur de ce qu’on appellera plus tard un musée d’Histoire Naturelle. La chose qui donne le plus de regret est que son cabinet n’a pas été sauvegardé en entier : on y trouvait un dragon éthiopien séché.

     

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